J’aime bien relire les livres qui m’ont plu. On m’a demandé, un jour : « Pourquoi tu relis ce que tu as déjà lu ? Il y a tellement d’autres livres à découvrir. » Certes. Mais l’un n’empêche pas l’autre, heureusement.
A mon sens, il y a plusieurs types de relectures. Parfois, je tombe sur des romans qui me saisissent. Je les lis à toute allure parce que je veux savoir comment ils se terminent, à tout prix, quitte à éteindre à 4 heures du matin, quitte à oublier les grandes lignes de l’intrigue, quitte à en loucher et en avoir mal à la tête. Aucune importance : il faut que j’arrive au dénouement et tout ce qu’il y a autour de moi disparaît. Ce sont des lectures qui m’absorbent complètement, que j’effectue comme un sprint, sans lever le nez. Quand j’ai fini, je range le livre sur une étagère, je laisse reposer ce que j’ai lu, et je le reprends plus tard, cette fois-ci en me donnant le temps d’y aller lentement. Pour cette deuxième lecture, j’en profite parce que je ne suis plus dans l’urgence de connaître la fin. Je lis avec le plaisir d’être dans un terrain un peu plus connu et balisé, et cette fois je peux prendre le temps de m’attarder sur l’intrigue, les rebondissements, les personnages. Les romans de Jo Nesbø me font tout le temps ça : une première découverte, à toute allure, pour savoir ; une autre lecture plus tard, pour le seul plaisir de voir les détails de la construction de l’intrigue et le moment où elle m’a piégée. Viendront ensuite d’autres relectures, parce que je ne sais pas quoi lire d’autre, parce que rien ne m’inspire sur le moment, par confort ou simplement pour la certitude que ce que je vais lire me plaira. Ces romans là sont comme des chemins qu’on a empruntés à plusieurs reprises et qu’on a toujours plaisir à parcourir.
Il y a aussi les relectures d’adulte, mais celles-là, je ne les conseille pas parce qu’elles sont souvent décevantes. J’avais adoré L’Ecume des jours quand j’avais 15 ans (forcément), j’avais été enthousiasmée par l’univers onirique, le style, tout ce que Vian avait créé d’étrange et d’inattendu. Devenue adulte, j’avais le souvenir d’une découverte émerveillée et j’ai voulu relire le roman, peu de temps après son adaptation au cinéma. J’ai été déçue ! et triste d’être déçue. Je ne retrouvais rien de la magie qui m’avait tellement enchantée, je n’avais plus cette joie de la découverte – j’étais sans doute trop adulte pour la fraîcheur de Vian et ça m’a rendue triste pour ce roman que j’avais tant aimé. La même chose s’est produite avec Gatsby le Magnifique, j’ai peiné à le finir et sa relecture m’a laissée mélancolique. Même chose avec Le Grand Meaulnes. Tous ces livres sont sans doute liés à l’enthousiasme de l’adolescence, ce sont les premiers que l’on considère comme sérieux, ce sont nos portes d’entrée dans un autre âge de lecteur . Je préfère oublier ces secondes lectures et rester sur le bon souvenir des premières. Ou alors je les lirai une troisième fois, quand je serai très vieille et dans un âge plus sensible aux émotions de ces romans aimés des décennies avant.
J’ai aussi des relectures régulières, celles où je suis contente de retrouver les personnages, comme ces amis qu’on voit moins mais qu’on garde toujours présents dans notre affection. On les a perdus de vue pendant quelque temps et quand on les revoit, on découvre des nouveautés, on remarque des choses auxquelles on n’avait jamais prêté attention auparavant et ça nous rend tout content. En ce moment, je relis pour la quatrième ou cinquième fois La Défense Lincoln. Jusqu’à présent, je lisais ce roman pour son intrigue, son retournement. C’est seulement là que je suis frappée par le style de Connelly, la façon dont il fait parler son narrateur. Mickey Haller est un baratineur, son boulot c’est la tchatche, il est constamment en mouvement, dans le déplacement, l’énergie, et l’écriture de Connelly colle à ça. Ses phrases avancent, le récit ne fait pas de pause, les pensées non plus ; on passe d’une chose à l’autre à la même allure que Mickey Haller. Je n’y avais pas été sensible lors de mes lectures précédentes et c’est comme si je lisais un texte identique et en même temps un peu différent. Ça me donne une autre manière d’aborder le texte, ce genre d’expérience est toujours joyeux et je suis très contente de renouer connaissance avec Mickey Haller de cette manière.
Alors lire ou relire, qu’importe !
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